"Bon courage"

"Bon courage"

Dans ce texte, je ne prétends rien savoir, je n’ai pas de vérité à apporter. Je partage simplement ce que je vois, ce que je ressens et ce qui me questionne dans mon quotidien. Je sais aussi que beaucoup de personnes font chaque jour preuve d’un vrai courage et en ont profondément besoin. Ici, je ne parle pas d’elles. Je m’interroge sur un tic de langage une observation de nos habitudes, avec l’envie de réfléchir ensemble à ce que nous répétons sans y penser.

Pourquoi dit-on presque toujours « bon courage » plutôt que « bonne journée » ? Comment en sommes-nous arrivés à transformer une belle journée en une véritable épreuve ?

Nos journées seraient-elles devenues des obstacles à surmonter plutôt qu’à vivre ?

Cette expression est tellement ancrée dans notre vocabulaire qu’on l’emploie pour tout : « Bon courage » pour les courses, « bon courage » pour le travail, « bon courage » pour élever nos enfants… Parfois, on a presque l’impression qu’on aurait bien besoin d’un « bon courage » juste pour sortir du lit ! Et le pire, c’est qu’on se le répète avec un tel aplomb, comme si chaque tâche, aussi banale soit-elle, était une prouesse.

Dernièrement, Clément m’a mise devant ce constat et m’a demandé d’écrire sur ce sujet.  Devrait-on se souhaiter du courage simplement pour vivre ? Il semblerait que le quotidien se soit transformé en une succession de défis, où même les gestes les plus simples nécessitent désormais du « courage ». Ce qui est drôle, c’est que, pour beaucoup d’entre nous, la vie ne demande pas toujours de preuves de bravoure. Et pourtant, on continue à se répéter ce petit mot comme un mantra : « bon courage ».

Typiquement, à la boulangerie, lorsque j’achète une simple baguette, la boulangère me sort systématiquement « bon courage », et l’histoire se répète, à l’école , au café, à la boutique, le voisin ou même le livreur. Alors qu’ils  ne connaissent ni ma vie ni ma journée. Après tout, je ne fais qu’ouvrir l’œil dans mon appareil et enfiler des perles … ;)

Peut-être que cette expression est aussi une forme de complicité ? Un moyen de reconnaître les difficultés de l’autre, un clin d’œil pour dire « Je sais que ce n’est pas simple, je te soutiens ». Et dans certains cas, pourquoi pas ! Mais cette reconnaissance n’est-elle pas parfois carrément excessive ? En souhaitant « bon courage » pour une tâche qui n’en demande pas, nous finissons par donner à notre quotidien un poids qui n’existe pas.

En nous répétant chaque jour que nous avons besoin de courage pour tout, nous finissons par y croire. Pourquoi ne pas voir la vie de façon plus légère et vivre une journée où nos mots contribueraient à alléger nos esprits plutôt qu’à les charger ?

Nous vivons dans une époque qui valorise l’effort constant, où chaque action, même la plus anodine, doit être surmontée. À force de transformer la vie quotidienne en épreuve, noublions nous pas les véritables défis que nous réserve là vie ?

Mais, qu’est-ce que le courage ? D’après le Petit Larousse : « c’est une force de caractère qui permet d’affronter le danger, la souffrance, les revers, les circonstances difficiles. »

Avec un peu de recul, le courage n’est peut-être pas seulement présent face aux grandes menaces ou dans les grandes actions. Sans doute existe-t-il aussi dans le simple fait de sourire malgré les petites galères, d’avancer malgré la fatigue, d’aimer toujours plus malgré des nuits courtes à bercer nos bébés, de continuer à rêver et de se battre pour nos projets, de prendre soin de soi et des gens qu’on aime.

Et si, demain, au lieu de « bon courage », on se souhaitait simplement une magnifique journée ? La journée ne serait-elle pas immédiatement plus belle?

Ad

Retour au blog

Laisser un commentaire

Veuillez noter que les commentaires doivent être approuvés avant d'être publiés.